Le paysage cumule des risques que peu de métiers réunissent : machines coupantes, travail en hauteur, port de charges, produits chimiques, circulation routière, réseaux aériens et enterrés. Sur le même chantier, parfois dans la même heure.
Dans le régime agricole, un accident du travail avec arrêt survient en moyenne toutes les heures, et un accident grave toutes les 7 heures. La machine y reste la première cause d’accident mortel.
Le risque machine domine tout le reste
C’est le point que les plans de prévention génériques traitent mal, parce qu’ils raisonnent par catégorie de danger plutôt que par fréquence réelle.
Les accidents machine du secteur ne viennent pas majoritairement des gros engins. Ils viennent de l’outil à main et de la petite mécanisation : débroussailleuse, taille-haie, tondeuse, tronçonneuse. Écrasement, happement, cisaillement. La MSA relève par ailleurs une aggravation de la gravité des accidents liés aux outils à main comme aux grosses machines ces dernières années.
S’ajoutent, selon les chantiers, le bruit, les vibrations, le risque routier et le contact avec les lignes électriques aériennes.
« Les accidents graves, c'est l'élagage. » L'élagage concentre les accidents spectaculaires, pas les plus nombreux. La tonte et le débroussaillage produisent l'essentiel du volume, et c'est là que la prévention rapporte le plus par euro investi.
Le document unique, première pièce demandée
L’obligation naît au premier salarié. Le document unique d’évaluation des risques professionnels recense les risques par unité de travail et se met à jour à chaque changement d’organisation, d’équipement ou de méthode.
La MSA met à disposition des trames d’évaluation propres au secteur des jardins et espaces verts, ce qui évite de partir d’une page blanche ou de recopier un modèle conçu pour le bâtiment.
Après un accident, c’est la première pièce que l’inspection réclame. Un document absent, ou daté de 6 ans, transforme un accident en faute inexcusable potentielle. Le contenu attendu du DUERP se traite en détail ailleurs.
Les équipements ne se discutent pas poste par poste
L'employeur fournit et remplace les équipements de protection individuelle à sa charge.
Le document unique est obligatoire dès le premier salarié et se met à jour à chaque changement.
La formation à la sécurité du nouvel arrivant précède sa première intervention.
Casque, protection auditive, protection oculaire, gants adaptés, chaussures de sécurité, pantalon anticoupure pour la tronçonneuse. La liste varie selon la tâche, pas selon la saison ni selon l’habitude de l’équipe.
Le coût pèse sur le coût employeur complet d’un salarié, et il se prévoit au budget annuel plutôt qu’au coup par coup. Un équipement usé qu’on remplace 6 mois trop tard ne protège plus, et il reste pourtant comptabilisé comme fourni.
Le travail en hauteur suit un régime propre
L’élagage relève du décret du 1er septembre 2004 sur l’utilisation des équipements de travail en hauteur, précisé par l’arrêté du 4 août 2005 sur la prévention des chutes lors des travaux dans les arbres au moyen de cordes.
Le principe est l’inverse de ce qu’on observe souvent sur le terrain : la protection collective prime. Le recours à la corde n’est autorisé que lorsque la nacelle se révèle techniquement impossible, pas lorsqu’elle est moins pratique ou plus chère.
La formation du grimpeur est obligatoire. L’arrêté du 23 juin 2025 a créé l’option « arboriste grimpeur » du certificat de spécialisation agricole, et les règles applicables à l’élagage sur corde méritent leur propre page.
Ce qui distingue une prévention qui tient
Une entreprise qui traite la sécurité par l’affichage et la signature d’une note d’accueil ne réduit rien. Ce qui fait baisser les accidents, dans les retours de la branche, tient à 3 choses : un mode opératoire écrit pour les tâches à risque, un matériel entretenu selon un calendrier, et un accueil des nouveaux qui passe par le geste plutôt que par le document.
Le troisième point compte particulièrement dans un métier qui recrute en tension et emploie des saisonniers.
Un intérimaire arrivé un lundi matin de mars, envoyé seul à la débroussailleuse l’après-midi, concentre à lui seul l’essentiel du risque de la semaine. C’est aussi celui dont l’accident coûtera le plus cher à l’entreprise, parce que la formation au poste sera introuvable dans les registres.