C’est l’acte le plus important d’un chantier, et celui que le paysage formalise le moins. Sur un aménagement à 20 000 €, il n’est pas rare qu’aucun document ne soit signé : l’entreprise part, le client règle, et personne ne date rien.
C’est pourtant elle qui fait courir les délais, déclenche le solde et transfère la garde de l’ouvrage.
Ce que la réception déclenche
Trois effets, immédiats.
Elle transfère la garde de l’ouvrage au maître d’ouvrage. Un dallage abîmé après la réception ne relève plus de l’entreprise, sauf vice couvert par une garantie.
Elle fait courir les garanties légales, dont la garantie décennale pour les ouvrages qui en relèvent, et la garantie de parfait achèvement sur l’année qui suit.
Elle rend le solde exigible.
Sans procès-verbal, la date de réception se discute. Et avec elle, le point de départ de toutes les garanties. Un client qui conteste deux ans plus tard n'a aucune date à opposer, et l'entreprise non plus. La réception tacite, par prise de possession et paiement, existe mais elle se prouve mal.
Le procès-verbal tient en une page
Il porte la date, l’identification du chantier, la liste des prestations réalisées, la mention de réception avec ou sans réserve, la liste des réserves le cas échéant avec un délai de levée, et les signatures des deux parties.
Une réserve n’est pas un échec. C’est un désordre identifié, daté et borné dans le temps, ce qui vaut infiniment mieux qu’un mécontentement diffus qui ressort six mois plus tard.
Le cas propre au paysage : le végétal ne se juge pas le jour de la livraison
C’est la difficulté que ni le bâtiment ni les modèles de procès-verbal génériques ne traitent.
Un arbre planté en novembre paraît identique qu’il reprenne ou non. Sa reprise se constate au printemps suivant, parfois au second. Or le procès-verbal, lui, se signe à la fin des travaux.
La réception transfère la garde, fait courir les garanties et rend le solde exigible.
La reprise des végétaux ne relève d'aucune assurance : elle se règle par une clause du devis.
La garantie de reprise suppose des conditions d'arrosage écrites, à la charge du client.
La parade est contractuelle, pas assurantielle. Une clause de garantie de reprise, inscrite au devis, définit :
- la durée de la garantie, souvent une saison de végétation ;
- les conditions d’arrosage et d’entretien qui incombent au client ;
- ce qui l’exclut : sécheresse exceptionnelle, gel tardif, dégâts d’animaux, défaut d’arrosage ;
- ce qui se passe en cas de non-reprise, remplacement du sujet ou partage du coût.
Sans ces lignes, la discussion se déplace sur l’exécution : la fosse était-elle assez large, le sol amendé, l’espèce adaptée à l’exposition. Les règles professionnelles du paysage documentent alors ce qui était attendu, et notamment les travaux de sol, dont dépend l’essentiel des échecs de plantation.
Ce que le contrat d’entretien change
Un client qui confie ensuite l’entretien à la même entreprise supprime une bonne part du litige potentiel : c’est l’entreprise qui arrose et qui surveille, donc elle ne peut pas reprocher au client de ne pas l’avoir fait.
C’est un argument commercial rarement utilisé, alors qu’il aligne les intérêts des deux parties. Le contrat d’entretien annuel proposé à la réception d’un chantier de création se signe plus facilement qu’un contrat proposé à froid, et il sécurise la reprise.
La levée des réserves
Elle se constate par écrit, elle aussi. Un simple courriel accusant que la réserve est levée à telle date suffit, et il clôt le sujet.
Une réserve jamais levée formellement reste ouverte. Elle peut ressortir au moment où le client conteste autre chose, et fournir un argument à qui cherche à retenir le solde.